Il n’est pas sauvage. S’approche facilement pour se laisser caresser. Gratifie cette attention en remuant la queue. Son bandana rouge noué autour du cou, assorti d’un médaillon où l’on peut lire son prénom Mambo, le pinscher est en pleine forme. « Il court comme un lévrier », constate René Goizé, son maître, en lui tapotant doucement la tête.
Photos Sylvie CAMBON
Ses pattes, ses flancs portent encore les traces de la barbarie qu’il a subie un an plus tôt. « Les poils ne repousseront plus. Il est marqué à vie », raconte Dany Goizé, celle qui a adopté le petit chien errant, immolé sans raison par deux jeunes gens.
La nuit du drame, le 10 août 2009, elle œuvre alors comme responsable bénévole des enquêtes sur les maltraitances auprès de la SPA de Perpignan, association qu’elle a depuis quittée. « Avec mon mari, on a cherché Mambo toute la nuit en vain ». Les gendarmes de Rivesaltes le localisent le lendemain. « On a assisté à ses nombreuses et lourdes opérations. Je lui ai dit : "Tiens bon et si tu t’en sors, je t’adopte" », se souvient Dany. René, son époux, ancien commissaire à la criminelle, opine : « J’en ai vu des choses, je suis dur, mais là, ce petit chien, il m’a fait pleurer ». Le couple finit par ramener le pinscher dans son foyer, où l’attend Rocky, le labri croisé griffon de la famille. Les soins se poursuivent toutefois. « Sans le vétérinaire Christian Sournia, qui l’a pris en charge, il n’en serait pas là », martèle Dany.
Mambo est définitivement hors d’atteinte fin 2009. L’affection qu’il reçoit est aussi importante que les piles de courriers qui arrivent au restaurant des Goizé à Espira-de-l’Agly. « On a reçu plus de 2 000 lettres et ça continue ». Des dons aussi. Adressés à la SPA (soit 18 000 €) et quelques chèques au nom du couple pour qu’il subvienne aux besoins de l’animal. « Les sommes sont modestes. On les a consacrées à Mambo. On fait des dons aux petits refuges qui défendent la cause animale ». Dany écrit dans la foulée Mambo chien martyr, de l’enfer au paradis, livre publié à compte d’auteur, dans lequel elle raconte l’émouvante histoire du chien. « On reverse aussi une partie de l’argent récolté », poursuit son époux. Il précise pour faire taire toutes suspicions : « On ne gagne rien. On doit même, faute de temps, fermer souvent notre commerce et donc notre chiffre d’affaire a baissé. La publication du livre, les déplacements pour les dédicaces, les réponses aux lettres qu’on accompagne de photos, c’est à nos frais ».
De ces dépenses et des qu’en-dira-t-on, il s’en fiche, même s’il admet que Dany et lui ont été souvent blessés par les doutes sur leurs bonnes intentions. Leurs amis, leurs enfants, les soutiennent dans leur démarche. « C’est vrai que je médiatise Mambo. Si grâce à lui on peut en sauver d’autres, sensibiliser aux animaux, alors, c’est bien », observe Dany. D’ailleurs, les Goizé offrent une vigne à Rivesaltes à qui acceptera d’y construire un foyer pour les bêtes.
La Catalane se souvient d’un courrier reçu d’une organisation humanitaire : « On écrivait des choses erronées : que Mambo était le chien le plus riche de France et qu’on ne se mobilisait pas autant pour les enfants d’Afrique ». Elle admet que toutes les causes tournées vers la souffrance humaine et animale sont défendables. « J’aimerais me démultiplier pour aider ceux qui sont dans le besoin ». A défaut, elle le fait pour celui qui a bouleversé sa vie il y a un an. « J’en avais vu des horreurs. Mais là, cette pauvre bête… ». Mambo s’est battu, a survécu. Dany est convaincue qu’elle doit en son nom œuvrer pour que les tortures qui lui ont été infligées soient évitées et « punies. Je surnomme mon chien "Le petit soldat" et c’est mon combat ».
Patricia GUIPPON